Un artisan qui se foule la cheville, une consultante qui consulte un spécialiste, un commerçant hospitalisé trois jours : tous se posent la même question au moment de recevoir la facture. Combien la Sécu va-t-elle vraiment rembourser ? Le sujet reste flou pour beaucoup d’indépendants, notamment depuis la disparition du RSI en 2020. Pourtant, les règles sont désormais claires — et il vaut mieux les connaître avant d’avoir besoin de soins coûteux.
L’essentiel à retenir
- Depuis 2020, les indépendants relèvent du régime général via la Sécurité sociale des indépendants (SSI)
- Les taux de remboursement sont identiques à ceux des salariés
- Une consultation chez le généraliste est prise en charge à 70 % du tarif conventionnel
- L’hospitalisation est remboursée à 80 %
- Le reste à charge peut grimper vite sans complémentaire santé
Le régime de base : ce que couvre vraiment la Sécu
Beaucoup d’indépendants pensent encore être moins bien lotis que les salariés. C’est faux depuis l’intégration de la SSI au régime général. Les taux de remboursement appliqués par l’Assurance Maladie sont strictement les mêmes pour un artisan, un commerçant, un freelance ou un cadre d’entreprise.
Concrètement, voici ce que prend en charge la CPAM :
- Consultation médecin généraliste ou spécialiste (secteur 1 ou 2) : 70 % de la base de remboursement, à condition de respecter le parcours de soins coordonnés
- Hospitalisation : 80 % des frais conventionnels
- Soins dentaires courants : 70 % du tarif de base
- Frais d’optique : 65 %
- Médicaments : de 15 à 100 % selon la vignette (blanche barrée à 100 %, blanche à 65 %, bleue à 35 %, orange à 15 %)
Les examens de suivi de grossesse sont eux pris en charge à 100 % du tarif conventionnel, jusqu’à douze jours après l’accouchement.
Le piège du reste à charge
Le problème n’est pas tant le taux de remboursement que la base sur laquelle il s’applique. Quand un spécialiste de secteur 2 facture 70 € une consultation dont la base conventionnelle est fixée à 30 €, la Sécu rembourse 70 % de 30 €. Soit 21 €. Le reste à payer atteint donc 49 € pour un seul rendez-vous.
Même logique pour une couronne dentaire, des lunettes ou une nuit d’hospitalisation en chambre individuelle. Le décalage entre les tarifs réels et la base de remboursement transforme rapidement les soins courants en dépense lourde pour un budget d’indépendant.
Les indemnités journalières : un point souvent négligé
Au-delà des soins, la SSI verse des indemnités journalières en cas d’arrêt de travail. Pour les artisans et commerçants, elles sont calculées sur 1/730ᵉ du revenu moyen des trois dernières années, après un délai de carence de trois jours. Le montant journalier reste plafonné — autour de 65 € bruts au 1ᵉʳ janvier 2026.
Depuis juillet 2021, les professions libérales rattachées à la CNAPVL (médecins, dentistes, sages-femmes, vétérinaires, experts-comptables, agents généraux, etc.) bénéficient également d’indemnités journalières, financées par une cotisation Urssaf de 0,15 % des revenus.
Compléter sa couverture : un choix presque obligatoire
Aucune obligation légale n’impose à un indépendant de souscrire une mutuelle travailleurs indépendants. Mais entre les dépassements d’honoraires, les soins dentaires lourds et l’optique, rester sur le seul régime obligatoire revient à prendre un vrai risque financier.
La loi Madelin permet par ailleurs de déduire les cotisations d’une complémentaire santé responsable du revenu imposable, dans la limite de 3,75 % du revenu professionnel majoré de 7 % du PASS (47 100 € en 2025). Un argument fiscal qui pèse dans le calcul, surtout pour les revenus supérieurs à 40 000 € annuels.